- Marrakech d'hier - Un peu d'histoire

Les Almoravides (1070-1147)

En 1070, des guerriers berbères, commandés par Abou Bekr, franchissent les montagnes et établissent leur camp à l’endroit ou les cols montagneux peuvent être surveillés au mieux. Appelé pour mater une rébellion sur son territoire, Abou Bekr confie à son cousin et lieutenant, Youssef Ibn Tachfine, le commandement du camp et d’une partie de ses troupes. Deux ans plus tard, le campement a laissé place à des habitations de pierre, d’immenses fortifications et Youssef Ibn Tachfine est devenu le chef incontestable et incontesté de cette cité.
Marrakech devient alors rapidement, sous l’impulsion de Youssef Ibn Tachfine, la capitale d’un empire qui s’étend jusqu’au sud de l’Espagne, et dont l’influence rayonne même au Sénégal.
Son fils, Ali, fait de Marrakech un carrefour intellectuel renommé jusqu’à Paris. Il s’entoure des plus éminents savants de l’époque et dote la ville d’un système souterrain complexe de drainage de l’eau, encore utilisé aujourd’hui.

Les Almohades (1147-1269)

En 1174, Abd El Moumen, prend Marrakech et impose une perception plus radicale de la foi. Sa première tâche est de détruire tous les édifices almoravides, mouvais musulmans, à l’exception de la Koubba par respect aux morts (cf. visite guidée de la ville). Sur les ruines du palais des Almoravides, il fait construire le fleuron de cette dynastie, la Koutoubia, la plus grande et la plus belle mosquée du Maghreb, qui veille encore aujourd’hui sur Marrakech et ses habitants. Celle-ci est déconstruite et rebâtie à quelques mètres de la précédente car le premier mihrab, niche creusée dans le mur de prière, ne montrait pas exactement la direction de la Mecque. La légende dit que le sol de Marrakech a tellement saigné lors de la construction de la Koutoubia que les murs en sont restés rouges.
Le troisième souverain almohabe, Yacoub El Mansour, édifie de nombreux palais dans la casabah et étend le royaume dont Marrakech est le centre. Peu à peu, Marrakech devient une puissante ville commerçante, exportant son artisanat (cuir, bijoux, céramique…) dans tout le monde arabe.

Les Mérinides (1269-1529)

Cette dynastie, opposée a l’influence religieuse précédente, délaisse complètement Marrakech au profit de Fès puis Meknés, l’abandonnant aux luttes et révoltes des tribus contre les sultans. L’ignorance des Mérinides à l’égard de Marrakech est telle qu’ils vont jusqu’à établir une nouvelle route du Sahara qui contourne soigneusement la cité. Progressivement, la ville rouge tombe en ruine et attend patiemment la prochaine dynastie qui lui redonnera toute sa splendeur.

Les Saadiens

Devant l’affaiblissement de la dynastie mérinides et face à l’expansion portugaise, Mohammed Ech Cheikh s’attache à réunifier le Maroc et fait de Marrakech sa capitale. Mais c’est surtout sous l’influence du sultan Moulay Abdellah puis d’Ahmed El Mansour (surnommé Ahmed le doré) que Marrakech retrouve sa magnificence et l’attrait qui la caractérise.
C’est à Ahmed El Mansour que la ville doit ses plus beaux édifices parmi lesquels figurent les tombeaux Sâadiens, la mosquée El Mansour, la medersa Ben Youssef et par-dessus tout le palais El Bahia (l’incomparable) destiné par sa taille et la richesse de ses décorations à témoigner de la puissance du royaume. Malheureusement, celui-ci ne survivra pas à la chute de la dynastie. Contraire à la sobriété imposée par la rigueur islamique, il sera rasé par Moulay Ismaïl.

Les Alaouites

Après avoir boudé Marrakech dans les premiers temps, la dynastie des Alaouites en fait une capitale secondaire, lieu de pèlerinage des sept saints instauré par Moulay Ismaïl. Ce pèlerinage consiste à visiter chaque jour et dans un ordre préétabli la tombe de chaque saint, honoré en tant que patron de Marrakech.
Certain sultans, comme Moulay Hassan ou Moulay Abdelaziz, s’y installent et contribuent à redonner à Marrakech son éclat en édifiant de nombreux palais comme celui de la Bahia.C’est à cette époque qu’est aussi construit le plais qui abrite désormais le musée Dar Si Saïd.

Plus récemment, sous le protectorat français, Rabat et Casablanca sont préférées à Marrakech.
Considérée comme une ville instable, trop souvent courtisée, chargée d’histoire et de ferveur populaire, elle est par conséquent plus difficile à maîtriser. Les dirigeants français n’ont pas tort car Marrakech jouera un rôle primordial dans l’accès du Maroc à l’indépendance. En effet, c’est au Glaoui de Marrakech que l’on doit d’abord l’exil puis le retour du roi Mohammed V au pays peu avant son avènement et la déclaration de l’indépendance du Maroc en 1956.
Et aujourd’hui, en quelques décennies, Marrakech devient un haut lieu du tourisme mondial et se développe en suivant le nombre exponentiel de visiteurs qui affluent.